Il n’est pas rare que des concepts nobles soient utilisés, voire manipulés pour défendre des positions politiques, pas forcément aussi nobles. Comment on peut oublier l’amour de George Bush pour la démocratie ? Il arrive pourtant que, des personnages, du point de vue intellectuel plus « respectables » que Bush font des utilisations beaucoup plus problématiques de tels concepts.
C’était le 16 Décembre 2010 dans une émission sur France Inter que Caroline Fourest m’a fait arracher les cheveux en recourant à la notion de l’égalité pour signaler une situation inégalitaire. Voilà une petite transcription des paroles de la plus grande défenseuse de laïcité (ou peut être la deuxième plus grande, maintenant que Marine le Pen a pris le drapeau) : « le vrai problème qui commence à se poser … le seul accommodement religieux qui reste dans le pays : les prières dans la rue … si c’était une autre association pour se manifester dans la rue on lui dirait, vous n’avez pas droit à bloquer la rue, vous vous cotisez comme tout le monde pour avoir des lieux. Mais dès qu’il s’agit d’associations religieuses on lui donne cette autorisation … Cette situation d’inégalité de privilège est en train de déchirer la passion française pour l’égalité ».
Le problème ici est que, exactement là où Fourest voit "une situation de privilège", réside en fait une grande injustice. Pour une raison très simple : quand en 1905 l’Etat français s’est « retiré » du domaine de la religion pour rester égal par rapport à tous les cultes, ceux qui existaient sur le sol français à l'époque détenaient déjà leurs lieux de culte. Or, les Musulmans, qui forment aujourd’hui la deuxième communauté le plus nombreuse en France sont dans l’obligation de financer eux-mêmes la construction de leurs lieux de culte. C'est-à-dire que, s’ils ont envie de faire leur prière dans des conditions dignes, comme les Catholiques, Protestants ou Juifs Français, ils doivent mettre leurs mains dans la poche, pour sortir des grandes sommes (s’ils en ont, évidemment ; car le fait qu'une grande partie de ces mêmes Musulmans soient représentés dans les échelons bas de la société, c’est une autre question d’inégalité mais qui n’est pas notre sujet maintenant). Le problème ici c’est que, les autres communautés n’ont pas besoin de payer pour avoir leurs lieux de culte. Ils ont déjà leurs églises, leurs temples, leurs synagogues pour faire leurs prières. Donc, l’obligation de faire la prière dans la rue, qui est une situation très inégalitaire, serait selon Fourest, un privilège !
Au moins ça nous donne une idée comment un peuple qui a une telle passion pour l’égalité peut élire un Président de la République aussi peu concerné avec les égalités ! Si les intellectuels qui se dit de gauche fait une utilisation tellement déplacée de la notion, il est normal qu’elle perde toute son essence.
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